Cancer du sein : l'expo choc qui lève un tabou

Des photos qui lèvent le voile sur la maladie s'exposent à Paris

Dès demain et jusqu'au 31 octobre, le ministère de la Santé affiche ces images fortes qui s'adressent aux femmes "qui ont eu, qui ont et qui auront un jour un cancer du sein".


"Roselyne Bachelot a ressenti un grand 'choc émotionnel' en découvrant le livre de notre confrère photographe à La Provence Florian Launette et du professeur Bonnier intitulé 'J'ai un cancer du sein, et après'. Et la ministre de la Santé a choisi d'exposer une cinquantaine des photos de femmes qui témoignent dans ce livre, sur la façade et dans le hall du ministère de la Santé, pour lancer le 'mois rose', consacré au dépistage du cancer du sein.

Florian Launette, l'auteur de ces clichés, explique: 'Ce sont évidemment des images fortes, parfois dures parce qu'on ne les a jamais vues, dans la veine d'une campagne Benetton. Mais là, il ne s'agit pas d'une campagne de publicité, c'est bien l'histoire de 40 femmes et surtout leur volonté de montrer ces images, ce que moi-même je ne souhaitais pas forcément faire.' Une démarche tout à fait originale qui s'adresse aux femmes qui ont eu, qui ont, et surtout à celles qui auront un cancer du sein demain: 'Ces images, ce sont aussi des réponses à des questions', souligne le photographe.

Ces images sont donc exposées en pleine rue, sur la façade du bâtiment mais aussi à l'intérieur du ministère de la Santé, avenue Duquesnes dans le 7e arrondissement de Paris, du 2 au 31octobre. Imposantes -certaines mesurent pas moins de six mètres sur quatre-, ces photographies ne laissent bien sûr pas indifférent.

De quoi offrir aux passantes, ainsi qu'à celles qui pousseront la porte du ministère, un nouveau regard, inédit et sans tabou, sur le cancer du sein. Une façon aussi d'encourager son dépistage. Avant l'inauguration de l'exposition demain, la ministre de la Santé Roselyne Bachelot a réservé à La Provence (voir ci-dessous) son message d'espoir pour lutter contre une maladie qui touche près de 50000 femmes chaque année en France."
Le site internet de l'Inca (www.e-cancer.fr) recense les principaux rendez-vous du "mois rose".

PRATIQUE : L'expo, qui a lieu dans la hall du ministère de la Santé, sera inaugurée demain en présence de Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports, et de Dominique Maraninchi ; directeur de l'Institut national du cancer (Inca). Elle sera ouverte au public du 2 au 31 octobre.

L'interview de Roselyne Bachelot
Donner de l'espoir et relancer le dépistage

Vous inaugurez l'exposition sur le cancer du sein avec des témoignages de femmes qui se montrent. C'est une nouvelle manière de parler de la maladie?


"Oui, Je souhaite qu'on en parle différemment. Les femmes ont vécu ça trop longtemps dans l'intimité de leur douleur, avec un sentiment parfois de diminution, de perte de séduction. Je veux à travers ces photos qui sont à la fois vraies car on ne cache rien, et superbes, qu'elles se réapproprient leur identité sexuée, leur capacité de séduction. C'est un message d'optimisme et d'espoir que j'envoie."

Cette exposition lance le "mois rose". De quoi s'agit-il ?


"Le rose est la couleur traditionnelle du mois du dépistage du cancer du sein, chaque année en octobre. Mais vous devinez que cette couleur me convient parfaitement. Pour moi, elle symbolise la féminité et la joie. Plus sérieusement, c'est pour moi l'occasion de faire passer un message à toutes les femmes pour les inciter à participer aux campagnes de dépistage : ces photos sont des témoignages plein d'optimisme qui peuvent toucher celles qui en sont encore éloignées, notamment les femmes en situation précaire. Mais cela fait surtout partie d'une action plus globale sur la santé des femmes. Vous connaissez ma démarche féministe engagée, j'ai relancé les campagnes d'information sur la contraception et j'ai l'intention, par exemple, pour la maladie d'Alzheimer, un des grands chantiers du président de la République, d'insister sur la spécificité féminine, 75 pour cent des malades atteints d'Alzheimer sont des femmes, celles qui sont à leur chevet ce sont des femmes."

Où en est-on concernant le dépistage du cancer du sein ?

"Le cancer du sein est la première cause de cancers féminins en France, 42000 cas par an et la première cause de décès des femmes par cancer : 11 600 décès par an. Le dépistage gratuit est généralisé sur une population cible des femmes entre 50 et 74 ans depuis 2004 et couvre désormais tous les départements. 8,4 millions de femmes sont concernées. Si le taux n'atteint que 49,3 pour cent c'est parce qu'il y a encore des difficultés à faire passer l'information. Et puis il y a aussi parfois une réticence, une image fausse de médecine de masse de moindre qualité pour certaines. Tous les relais sont importants à ce niveau, c'est la pharmacienne qui vous parle ! Il y a enfin des actions ciblées comme les mammographes mobiles pour les populations isolées."

Et la recherche ?

"La recherche avance, c'est l'objectif du plan cancer qui rendra bientôt son bilan. Je viens d'autoriser le remboursement du Gardasil, ce vaccin préventif du cancer du col d'utérus, c'est un signe d'espoir, et la recherche fait aussi partie de mes priorités."

Les cancers de la prostate, sont en augmentation chez l'homme, envisagez-vous un dépistage organisé ?

"Il existe déjà pour le cancer colorectal. Pour la prostate, il y a un débat entre le milieu scientifique et le milieu médical pour savoir s'il apporterait des bénéfices aux patients. Actuellement, seul le diagnostic individuel est préconisé."

Vous êtes réputée directe, comment vivez-vous l'omniprésence du Président dans tous les domaines, notamment la santé ?

"Vous savez, au Pont d'Arcole, Napoléon, il n'était pas derrière. Je participe fortement en amont. Le président de la République, responsable devant les Français, travaille avec ses ministres pour déterminer les axes de sa politique. C'est à lui de les annoncer, c'est sa légitimité. Mais rassurez-vous, le travail que je dois mettre en oeuvre est important. Je ne vis aucune frustration."

Source :
www.laprovence.fr
Catherine Estève (cesteve@laprovence-presse.fr) et Olivier Lafont (olafont@laprovence-presse.fr)

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